Quand l'acquéreur fait échouer sa propre condition de prêt

Celui qui empêche la condition de se réaliser est traité comme si elle s'était réalisée.

Une condition suspensive n'est pas une porte de sortie discrétionnaire. Le débiteur qui empêche l'événement de se produire ne peut pas se prévaloir de son échec : la condition est alors réputée accomplie, et l'acquéreur reste tenu d'acheter.

La règle est ancienne et son fondement est simple. Une condition suppose un aléa véritable ; si l'une des parties maîtrise le résultat et choisit de le faire échouer, il n'y a plus d'aléa mais une faculté de renoncer que le contrat n'a pas accordée.

Cette page expose un principe et ne se prononce sur aucun dossier. Elle ne dit pas qui a raison dans un litige : seul l'examen des pièces, avec votre notaire, permet d'apprécier une situation.

Ce que la mauvaise foi recouvre en pratique

Il n'est pas nécessaire de prouver une intention avouée. Un comportement objectivement incompatible avec la recherche du financement suffit.

ComportementLecture qui en est faite
Aucune demande de prêt déposéela condition n'a pas été mise en œuvre
Demande portant sur un montant très supérieur au prixdossier calibré pour être refusé
Dossier volontairement incompletl'échec est provoqué
Refus de fournir les pièces à la banqueobstruction caractérisée
Renonciation à un prêt effectivement accordéla condition s'est réalisée

Ce sont les mêmes paramètres que ceux qui doivent figurer à l'acte, et dont la condition suspensive du compromis exige le respect exact.

La charge de la preuve et ce qu'elle implique

C'est au vendeur qui invoque la mauvaise foi de l'établir. En pratique il le fait par les pièces du dossier de financement, ce qui explique l'importance de la traçabilité.

Nos pages Immobilier et logement insistent sur ce point parce qu'il décide du sort du dépôt de garantie, alors que le droit de rétractation, lui, n'exige aucune justification.

La conséquence : la vente, pas seulement des dommages

Lorsque la condition est réputée réalisée, l'avant-contrat produit tous ses effets. Le vendeur peut donc poursuivre l'exécution de la vente elle-même, et non se contenter d'une indemnisation.

En pratique, l'acte prévoit souvent une clause pénale ou l'acquisition du dépôt au vendeur. Ces stipulations se combinent avec le principe, et leur rédaction détermine ce que le vendeur peut réclamer.

Ce qu'il faut retirer de tout cela avant de signer

Un acquéreur qui hésite ne doit pas compter sur la condition de prêt pour se dégager : le délai de rétractation est fait pour cela, la condition ne l'est pas. Une fois ce délai passé, la seule voie honnête est de rechercher réellement le financement.

Frequently asked questions

Un refus de prêt suffit-il à écarter la mauvaise foi ?

Non à lui seul. Ce qui est examiné est la cohérence entre la demande déposée et les paramètres inscrits au compromis. Un refus obtenu sur une demande non conforme n'établit pas que l'acquéreur a agi loyalement.

L'acquéreur doit-il accepter n'importe quelle offre de prêt ?

Non, seulement une offre conforme à ce que l'acte prévoyait, notamment en dessous du taux plafond stipulé. Refuser une offre conforme équivaut en revanche à renoncer à un prêt obtenu, ce qui réalise la condition.

Le vendeur peut-il consulter le dossier bancaire de l'acquéreur ?

Il ne peut pas l'exiger directement, mais l'acte prévoit généralement la remise des justificatifs de demande et de refus. C'est cette obligation contractuelle qui rend la preuve possible.

Que se passe-t-il si l'acquéreur ne répond plus ?

Le silence n'éteint pas l'engagement. Le vendeur peut mettre en demeure, puis faire constater que la condition est réputée réalisée et demander l'exécution, ce qui suppose une procédure.

La mauvaise foi peut-elle venir du vendeur ?

Le principe est symétrique : un vendeur qui empêcherait la réalisation d'une condition posée dans son propre intérêt ne pourrait pas s'en prévaloir. Le cas est simplement plus rare en matière de financement.